Octobre 2025
Trail du Grand Duc 2025 - 42 km | Parc national de la Jacques-Cartier
Le parc national de la Jacques-Cartier bascule lentement vers l’hiver. »
Fin octobre 
L’air est dense, chargé d’humidité froide, et la forêt se referme sur elle-même dans un silence brut. C’est dans cet environnement exigeant que nous prenons le départ du 42 km du Trail du Grand-Duc — une dernière confrontation avant la saison morte.
Contrairement aux événements plus structurés, l’arrivée des coureurs est diffuse. Pas de transport collectif, pas de montée en tension instantanée. Chacun s’approprie progressivement le site. L’échauffement est individuel, presque introspectif. Une approche qui exige discipline… et lucidité.
Le parcours est un enchaînement de contrastes 
Au moment du départ, les conditions sont typiques : froid humide, musculature encore rigide, système cardio peu engagé. Les premiers kilomètres se déroulent sur un sentier large et compacté, roulant en apparence, mais piégeux. Les appuis sont hésitants, la foulée manque de relâchement. Il me faut près de 30 minutes pour atteindre une température de fonctionnement optimale et stabiliser mon rythme.
Première difficulté : une montée courte mais exigeante. L’effort est anaérobie, franc. Le cardio grimpe rapidement, mais reste contrôlable. Au sommet, un des rares points de vue du parcours se dévoile : une ouverture spectaculaire sur l’immensité sauvage du parc. Une respiration… avant de replonger.
La descente qui suit est technique, sinueuse. Elle sollicite fortement les quadriceps et impose une gestion fine des appuis. Nous atteignons ensuite le premier ravitaillement. Transition rapide : remplissage des gourdes, calibration de l’hydratation et relance immédiate.
Le segment suivant est plus linéaire, presque monotone. C’est une section de gestion : économie de mouvement, maintien d’un rythme constant, gestion de la dérive cardiaque. Mais cette apparente facilité mène directement à la difficulté majeure du parcours : une longue ascension.
Ici, le profil change 🌄
L’effort devient durablement soutenu. Je réduis l’allure, passant en mode marche active sur certaines portions. C’est à ce moment que le manque de familiarité avec ce terrain précis se fait sentir. Le coût énergétique est plus élevé que prévu. L’erreur est claire : pacing imparfait.
Au sommet, l’accumulation de fatigue est tangible. Les jambes sont dures, proches de la saturation. Pause stratégique : hydratation, apport calorique rapide, recentrage. La relance se fait avec prudence dans une descente abrupte, presque défensive, pour limiter la casse musculaire.
Progressivement, les sensations reviennent. Le corps se réorganise, la foulée s’ouvre à nouveau. Ici, pas de distraction visuelle majeure : uniquement la forêt, dense, primitive, qui impose son rythme et forge la résilience mentale. C’est un effort intérieur.
Puis vient un moment clé : la traversée du pont suspendu au-dessus de la rivière. Un point de bascule psychologique. Le paysage est saisissant. L’eau, la roche, l’immensité sauvage — tout rappelle pourquoi on est là. C’est un regain.
À partir de là, le parcours change de dynamique. Le sentier devient plus fluide, plus droit, propice à une relance. Et surtout : la gestion en amont commence à payer. L’énergie est encore disponible.
Je décide d’accélérer franchement 🏃♂️➡️
Les dix derniers kilomètres se transforment en segment de performance. La foulée est efficace, le cardio élevé mais stable. Chaque appui est précis, chaque relance maîtrisée. C’est une phase de course libérée, presque instinctive. Le terrain défile. La fatigue est là, mais sous contrôle.
L’arrivée approche 
Franchir la ligne, ce n’est pas seulement terminer une distance. C’est valider une stratégie, une adaptation constante au terrain, une gestion fine du corps et de l’effort. Et surtout, partager un moment rare : celui d’une communauté soudée par la difficulté et la beauté brute de l’expérience.
🏆 🏅 ✌
Vincent Grenier
Le rédacteur sportif.